Dans la nuit précédant leur départ, sa fille tomba malade. Elle eut la fièvre toute la nuit et due être conduit de bonne heure à l’hôpital. C’était alors le début d’une nouvelle série de voyage pour la maman qui n’eut droit qu’à quatre semaines de repos depuis son accouchement. Elle qui, hier encore se sentait mieux, s’était également réveillé en piètre état. L’eyra ne devait plus non seulement se battre pour elle, mais pour sa fille également car toutes les deux souffraient. Elle n’avait trouvé aucun médecin capable de la soigner jusqu’ici, et maintenant sa fille l’avait rejoint dans sa souffrance. Mais qu’allait-elle faire?      Lien empathique mère-fille

Malgré tout cela, Rosalie décida de retourner à Douala.

Le retour à Douala fut une épreuve de poussière et de larmes. Entre deux crises de fièvre, une amie glissa un espoir à l’oreille de Rosalie : « Bassa. Il y a là-bas un nouvel hôpital, tenu par des Blancs. Ils ont des machines qui lisent dans le sang, Rosalie. Vas-y. »

Avant de franchir ce nouveau seuil, Rosalie s’isola. Durant sept jours, elle ne fut plus qu’un murmure. À genoux, elle implora :

— Seigneur, toi qui sais que mon cœur n’est qu’amour… Six mois que je porte cette agonie. Fais que ce voyage soit le dernier. Envoie-moi un homme capable de supprimer ce mal qui nous ronge, ma fille et moi.

À ses côtés, la petite L’eyra, assise comme une vieille âme dans un corps de nourrisson, ne pleurait pas. Ses yeux sombres suivaient les lèvres de sa mère. Elle semblait comprendre que son propre pouvoir blessait celle qu’elle aimait, et dans un silence troublant, elle s’associait à cette prière pour que tout s’arrête.

L’Hôpital de Bassa

L’endroit était d’une blancheur aveuglante. Rosalie se sentait minuscule sous les néons.
— Je ne sais pas quel docteur il me faut, bégaya-t-elle à la réceptionniste. Je suis malade, ma fille aussi. Trouvez quelqu’un, je vous en supplie…

— Je vais m’en occuper, coupa une voix ferme.

Un homme en blouse blanche s’approcha. Son regard ne se posa pas sur Rosalie, mais directement sur L’eyra. Il se figea une fraction de seconde, ses sourcils se fronçant devant l’intensité du regard du bébé.
— Suivez-moi, Madame.

Dans l’intimité du cabinet, Rosalie déversa son histoire : les nuits de feu, le village, le lien étrange qui les unissait dans la souffrance. Le médecin l’écoutait, mais ses yeux restaient rivés sur l’enfant, comme s’il lisait un code invisible sur sa peau.

— Je peux vous soigner, dit-il enfin d’une voix basse. Nous avons les équipements. Mais le traitement sera… particulier.
— Docteur, soignez-nous, peu importe comment, implora Rosalie. Je ne comprends pas vos mots compliqués, je veux juste qu’elle vive.

Le médecin prépara trois comprimés.
— Trois par mois. Une dose infime. C’est un traitement puissant qui agit sur le système nerveux… et sur ce que la science a encore du mal à nommer.

Le Sommeil des Sens                           

Pendant vingt mois, Rosalie administra le remède. C’était un combat de chaque instant. Lentement, la fièvre quitta leurs corps. Mais à quel prix ? L’eyra semblait s’éteindre. Elle ne marcha qu’à l’aube de ses deux ans. Ses premiers mots restèrent prisonniers de sa gorge jusqu’à ses cinq ans.

La vie reprit son cours chez Bernard. Pour lui, le « miracle » était enfin arrivé : sa femme était sur pied, sa fille allait à l’école. On disait dans le quartier que « le pire était passé ».

Mais le pire n’était qu’endormi. Le traitement des étrangers avait réussi à atténuer les capacités de L’eyra, à voiler sa puissance, mais le feu brûlait toujours sous la glace. Derrière son petit cartable d’écolière, L’eyra se sentait seule au monde. Elle voyait des choses que les autres ignoraient et sentait le poids de ce regard qu’elle portait en elle, ce regard que même les médicaments les plus forts n’avaient pu effacer.

Elle devait s’intégrer, devenir « normale ». Mais peut-on vraiment dompter un lion en lui apprenant à bêler ?            Lien empathique mère-fille

« En choisissant de « soigner » L’eyra pour retrouver une vie normale, Rosalie a-t-elle sauvé sa fille ou a-t-elle commis l’irréparable en emprisonnant une étoile ? Selon vous, le silence de l’enfant est-il un signe de guérison ou le calme avant une tempête dévastatrice ? Partagez votre pressentiment en commentaire ! »

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