L’eyra n’était plus une enfant comme les autres. Depuis cette maladie et le traitement qu’elle avait reçu, elle s’était transformée en une ombre silencieuse, un petit point fixe dans le tumulte du quartier. Elle restait là, des heures durant, nichée dans son coin tranquille, observant le monde avec une acuité terrifiante. Les gens disaient d’elle qu’elle était « étrange » ou « absente », mais la vérité était tout autre : L’eyra n’était pas absente, elle était en train de juger.                    traumatisme enfance récit
 Elle était une observatrice. Cachée dans l’ombre de son petit coin tranquille, elle regardait le monde avec des yeux trop grands, trop lucides. Elle avait essayé de jouer, de rire, de s’intégrer. Mais à chaque fois, l’expérience se terminait par des blessures ou de la douleur.
— L’eyra est encore dans la lune ! s’agaçaient ses sœurs. Elle est trop calme, il faut la secouer !
Puis vint le jour de la première déchirure.

La trahison du cœur

Un jour, L’eyra rentrait du quartier, le cœur léger. Mais à peine eut-elle franchi le seuil que l’air se figea. Sa mère l’attendait, le regard brûlant. Les accusations fusèrent, violentes.
— Alors, on se comporte mal devant les garçons maintenant ? hurla sa mère. On traîne dans les rues comme une fille sans éducation ?
— Mais Maman, c’est faux… balbutia L’eyra, le cœur au bord des lèvres. Laisse-moi t’expliquer, ils ont menti…
— Tais-toi, petite menteuse !
Les coups tombèrent, cinglants. Mais ce n’était pas la peau qui brûlait le plus chez L’eyra ; c’était son âme. Elle regardait cette femme qu’elle aimait tant et ne voyait qu’une étrangère. « Pourquoi ne m’écoutes-tu pas ? » pensait-elle. « Pourquoi préférer la violence à l’explication ? »

L’école de la violence           traumatisme enfance récit

La cruauté devint son quotidien. Ses propres sœurs, trouvant son calme insultant, la poussèrent dans un cercle de garçons.
— Bats-toi ! crièrent-elles. Regarde, il te frappe ! Rends-lui ses coups !
L’eyra restait immobile sous les assauts, encaissant la méchanceté comme on encaisse la pluie, jusqu’à ce que le dégoût l’oblige à réagir.
Le soir, la symphonie de la douleur continuait. Les cris de sa mère résonnaient sous les coups de Bernard.
— Tu ne sers à rien ! Va-t-en de chez moi ! tonnait le père entre deux fracas de valises.
L’eyra, recroquevillée, fermait les yeux. Elle avait peur. Non pas du noir, mais d’eux. De cette famille qui ne savait communiquer que par la force.

Le quartier des cris

Elle finit par s’évader chez son amie Irène, la seule qui semblait encore posséder une étincelle de douceur. Mais le voyage dans le quartier ne faisait que confirmer l’horreur. Partout, les mêmes sons : le claquement des mains sur la chair, les pleurs des petits pour une assiette mal finie ou un appel ignoré.
« Est-ce que cette éducation marche vraiment ? » se demandait-elle en voyant les parents se battre entre eux exactement comme ils battaient leurs enfants. C’était un cycle sans fin. Une contagion de haine.
L’eyra commença alors à juger. Son regard devint un tribunal silencieux. Elle pleurait souvent seule, submergée par cette question : Ce monde mérite-t-il vraiment que je me batte pour lui ?
Une pensée sombre germa alors dans son esprit : « Ils ne sont gentils avec moi que parce que je suis docile. Et si j’arrêtais d’obéir ? Et si je cessais d’être « la petite fille sage » ? »
« L’eyra commence à douter de la bonté humaine à cause de la violence de son entourage. Selon vous, est-elle en train de devenir un « Juge » impitoyable ou est-ce une réaction de survie nécessaire ? Et surtout… que se passera-t-il si elle décide de ne plus être la petite fille obéissante que tout le monde attend ? »
traumatisme enfance récit
Avez-vous manqué le chapitre précédent? Cliquez ici
Découvrons la suite au chapitre 4: cliquez ici